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Pour le meilleur et pour le pire, le trail du Petit Saint-Bernard

Le 1er octobre nous prenions la route des Alpes pour un week-end sportif. Au programme le trail du Petit-Saint Bernard, 40 km, 2300 mètres de dénivelé positif et 4 cols à gravir à plus de 2500m d’altitude. Aveugle comme nous sommes, l’énoncé de l’épreuve ne nous avait pas plus marqué que ça. On a déjà fini un trail de 40km, on a vécu à plus de 3000m pendant plusieurs mois en Amérique du Sud, il n’y a pas si longtemps on treckait dans l’Himalaya, on prépare la SaintéLyon, on va se faire plaisir là! Comment vous dire… Le plaisir était là mais pas pendant les 7h30 qui m’aura fallu pour boucler le parcours. Heureusement que les endorphines rattrapent le coup après l’épreuve!

 

Nous nous engouffrons en voiture dans les montagnes samedi pour atteindre le camping de La Rosière où nous allons poser la tente. La route est simplement magnifique. L’automne colore la végétation avec splendeur. Les alpages se teintent de brun tandis que les sommets ont déjà leur chapeau blanc. Les feuilles rouges, jaunes ou encore vertes sont toujours accrochées. Les villages sont paisibles dans cet intersaison. Les maisons dégagent leur première fumée de cheminée et les quelques habitants profitent du spectacle. Nous n’étions jamais venu à la montagne à cette période et nous sommes comme des enfants, c’est incroyable! Cette arrivée annonce la couleur c’est le cas de le dire, nous allons en prendre plein les yeux demain.

 

 

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L’humidité tombe et la pluie accompagnera notre nuit. Malgré tout, nous ne souffrons pas du froid. Il fait 5 degrés et pour la période, c’est doux! L’année dernière une partie du parcours du trail se faisait dans la neige. Cette année, nous passerons à côté mais sans y mettre les pieds.

 

Le réveil n’est pas facile, nous sortons la tête sans pouvoir y voir à dix mètres. Le brouillard s’est installé. Nous nous rassurons en regardant les prévisions météos qui annoncent pourtant une belle journée. Nous nous équipons et partons pour le col, le départ de la course. En effet le soleil perse vers l’Italie et dévoile le col. L’ambiance est mystérieuse, c’est magnifique.

 

 

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Nous patientons tout excités avec Edouard, cette sensation étrange juste avant le départ, une impatience et à la fois une réticence, nous savons que la journée va être longue mais nous nous en rendons pas bien compte encore.

 

 

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Le départ est donné et c’est 600 coureurs qui s’élancent vers l’Italie. Nous parcourons le premier kilomètre ensemble, Edouard part ensuite devant à son rythme. Le soleil est maintenant radieux, la brume s’est évaporée, les sommets éclairés pointent le bout de leur nez. La lumière de matin dessine les reliefs. J’ai du mal à trouver les mots pour décrire la beauté des paysages. Pourtant nous en avons fait des randonnées en montagnes!

 

 

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Nous reconnaissons une partie du parcours qu’avait emprunté Auberie, une amie que nous avions encourager lors de la TDS il y a un mois. Les couleurs rendent cependant le paysage incomparable par rapport à nos souvenirs!

 

Après une petite heure de descente, la montée vers le premier col, le col de Chavannes, est interminable. La pente est douce mais le point culminant est très loin. Nous savons que nous serons récompensé, et en effet c’est le Mont Blanc qui vient nous féliciter en haut!

 

 

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Nous poursuivons notre chemin dans les pierres glissantes abruptes, la seule partie assez technique du parcours qui nous force lever le pieds et anticiper. La neige est tout près.

 

 

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Le col de la Seigne atteint, une belle descente nous offre un paysage toujours aussi magique! La fatigue n’est pas encore installée, jusqu’ici le plaisir est au rendez-vous.

 

 

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Nous entamons l’ascension du troisième col sur une pente rude. Je préfère ce genre de terrain aux montées roulantes comme celle du début, mais au fur et à mesure, l’effort devient long, le sommet est toujours aussi loin. L’allure diminue, les jambes brulent, les coureurs peinent et s’arrêtent sur le côté. Je ne peux pas en faire autant de peur de ne pas pouvoir repartir. J’avance doucement, en mangeant régulièrement en me motivant intérieurement, et le mental me portera finalement en haut, au col de l’Ouillon. Je m’y accorde une pause de 5 min avant d’entamer la descente douce au bout de laquelle le ravitaillement se trouve.

 

 

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Malheureusement la descente est douloureuse et moralement difficile. Jamais je n’avais encore ressenti ça en course à me demander ce que je faisais là, pourquoi je m’infligeais ça, qui avait inventé ce sport de fou? Comment prendre plaisir quand on traumatise autant son corps. Déçue d’être si en souffrance après 27 km, je me dis que mes objectifs sont trop hauts pour mes capacités, que je veux arrêter le trail que c’est le dernier. Je me demande sérieusement si je vais arriver au bout, il reste 13 km et un col à passer, pourtant j’imagine l’échec que je ressentirai si j’arrêtais. J’imagine aussi la joie que je ressentirai si je me battais et que je passais la ligne d’arrivée coûte que coûte.

 

 

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Après 10 minutes de pause, je demande des précisions sur la direction à prendre à l’un des bénévoles au ravitaillement. Il me montre du doigt le col de la Forclaz et je me prends une nouvelle claque. C’est juste impossible que je puisse monter ce mur…

 

 

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Je réfléchis aux options mais je ne peux pas abandonner ici. Le paysage aussi splendide soit il ne suffit pas à me faire oublier la douleur et l’effort. Je sors mes écouteurs, je plonge dans ma bulle, je ne lève pas les yeux vers le sommet et je pense à mon voyage, à cette année de folie. 1h plus tard, j’arrive en haut, c’est la délivrance. Les larmes sont proches de faire déborder mes yeux. Une petite pause et je repars comme si j’avais oublié tous mes maux et que mes jambes étaient toutes fraîches. Il reste quelques kilomètres pour boucler le tour, je vois enfin le bout. Edouard m’accueille et parcours les derniers mètres avec moi. Nous passons la ligne d’arrivée ensemble.

 

 

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A cet instant je ne réalise pas que je suis arrivée, je suis à la fois contente d’avoir tenu et triste d’avoir tant souffert. Alors que je finis souvent une course en pensant à la prochaine, j’ai du mal ce soir à me projeter et à regagner confiance.

 

Avec Edouard nous partageons nos ressentis et nous racontons notre course. Il aura finit en 6h20, avec autant de souffrance et de remise en question que moi.

 

 

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C’est en visionnant la vidéo réalisée par l’organisation et en me remémorant les images que nous avons apprécié au début de la course que nous revenons sur nos pensées obscures. « C’est pour ça qu’on aime ce sport » et aujourd’hui un mois après, on se dit quand même que c’était la plus belle course qu’on ait faite!

 

 

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1 Commentaire

  1. Jean Louis 20 novembre 2017

    Magnifique et bravo pour toutes ces perfomances qui me laissent admiratif. De surcroît c’est très bien écrit. Bisous à tous les 2.

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