365 jours de sport

Courons le monde

Immersion dans la jungle au sein d’une communauté Shuar

Nous voilà en chemin pour l’Amazonie. La route de Baños à Puyo est magnifique. La végétation se densifie encore et les montagnes s’éloignent. Arrivés au terminal, Carlos le chef de la tribu Shuars dans laquelle nous allons vivre, nous interpelle. Nous faisons un détour en ville pour que Carlos fasse les provisions pour 3 jours. Du poisson acheté vivant qui bouge encore dans le sac, 2 poulets, et l’épicerie sèche. Tout le reste il le cultive sur ses terrains au sein de sa communauté. Carlos est le père de 18 enfants, dont 14 vivants, et le grand-père de 28 petits-enfants. Son épouse est décédée il y a bientôt 4 ans, et les enfants encore présents au village sont très autonomes. C’est eux qui effectuent toutes les tâches quotidiennes.

 

 

Puyo

 

 

Nous quittons la ville de Puyo peu attrayante quoi qu’intéressante à regarder vivre, pour nous diriger vers la jungle. Le village Shuars est constitué de petites cabanes éparpillées dans la végétation. L’une d’elle est ouverte et la famille s’y retrouve pour se reposer près du feu et faire à manger. La rivière sert à se laver, laver la vaisselle, laver le linge, à remplir le bac à chasse d’eau et à faire la cuisine. Ici il n’y a pas d’eau courante, pas d’électricité, pas de voiture, pas d’électronique, seul le bruit incessant des animaux et insectes qui peuplent la forêt.
Lorsque nous arrivons, il faut d’abord traverser la rivière sur un tronc d’arbre étroit. Puis nous accédons à nos cabanes: une planche en bois, une couche de mousse, un drap et une moustiquaire constitueront notre lit à la tombée de la nuit.
Il est 4h mais les enfants de Carlos nous cuisinent déjà un bon plat de riz et de poulet. Puis, munis de nos bottes en caoutchouc, nous partons ensuite avec Carlos cheminer dans la jungle, où il nous fait sentir les plantes médicinales et nous montre les différents lieux de la communauté. Nous grimpons une colline jusqu’à un « mirador » pour observer le coucher du soleil sur l’Amazonie et au loin, discerner les volcans dans l’ombre des nuages.

 

 

Amazonie

 

 

Nous revenons aux cabanes à la tombée de la nuit et nous asseyons prêt du feu pendant que le repas du soir est à nouveau mis sur le feu. Je demande à Carlos s’il a une plante contre les brûlures d’estomac qui me tiraillent depuis 4h. Il part dans la forêt avec sa lampe torche, et revient 5 minutes plus tard avec une racine à la main. Il me parle des bienfaits de la plante, en mange un bout d’abord, puis me le tend. C’est en fait du gingembre que je reconnais à l’odeur. Très fort en bouche et très goutu, on sent bien la différence avec celui que l’on trouve en France chez le primeur. 1h plus tard, mes maux avaient disparu!

 

 

Gingembre

 

 

Nous mangeons d’abord tous les 4 à table (nous sommes avec 2 autres Françaises) tandis que Carlos et les 4-5 enfants présents ce soir là continuent de cuisiner pour eux et mangent leurs poissons et leurs bananes, éparpillés, debout, en marchant ou sur des bancs. C’est assez perturbant de manger à part et différent d’eux. Pourtant nous voyons bien qu’ils font tout leur possible pour que nous soyons le mieux accueillis. Cela doit être culturel et après les avoir invité à nous rejoindre à plusieurs reprises nous n’insistons pas. Nous apprendrons par la suite qu’il s’agit bien d’un mode de vie. Une fois que l’assiette est servie elle doit être mangée immédiatement mais pas forcément assis à table. Ici il y a beaucoup de va et vient entre les enfants et les petits enfants si bien que le feu de la gazinière est toujours allumé et chacun vient manger ou grignoter en continue.

 

Il fait nuit noire et nous partons nous laver dans la rivière. Cela est plutôt amusant! L’obscurité nous permet d’admirer le ciel étoilé et de discerner légèrement la voie lactée. Nous soufflons la bougie près du lit et nous endormons bercés par le bruit de la forêt.

 

Le lendemain matin, de gros pancakes, une salade de fruits frais et une eau aromatisée aux plantes locales nous sont préparées. Nous dégustons attablés pendant qu’eux mangent du poisson au riz selon les mêmes règles que la veille. Repus, nous partons marcher dans la jungle avec Bosco, l’un des fils, munis de sa machette, et suivis par ses 4 chiens. Il ouvre le chemin et nous montre de nouvelles plantes médicinales. Leurs vertus sont très larges: pour la fertilité, énergisant, pour les traumatismes, pour la digestion, pour immuniser le bébé, pour se relaxer, pour cicatriser… Edouard testera la dernière sur une petite éraflure. C’est en fait la sève d’un tronc, orange, que l’on appose sur la plaie pour qu’elle cicatrise de la même couleur que notre peau. Il en existe une plus puissante lorsqu’ils se coupent avec la machette et qu’il y a beaucoup de sang.

 

 

Cicatrice

 

 

Bosco nous fait découvrir l’arbre très résistant qui sert à construire les cabanes. Il part ensuite nous chercher du vrai cœur de palmier qu’il tranche sur place. Le goût est bien différent ce celui des boîtes de conserves que nous connaissons!

 

 

Coeur de palmier bosco

 

 

Coeur de palmier

 

 

La balade dure 2h et nous avons l’impression de tourner en rond tellement il est impossible de se repérer dans cette verdure massive. On y écoute les oiseaux, et observe des insectes inconnus, mais aussi des fourmis qui travaillent d’arrache pied et transportent des bouts de feuilles sur leur dos par milliers.

 

 

Balade

 

 

La balade se déroule dans l’Amazonie primaire, qui se différencie de la secondaire par sa végétation plus élancée. Les cultures se font seulement dans la jungle secondaire là où sont situées les cabanes. Nous finissons en pirogue sur la rivière jusqu’au campement.
Après un bain rafraîchissant, nous dégustons du poisson à leur manière, c’est à dire sans couvert. Seule une cuillère sert à ramasser le riz. Trois autres Françaises sont arrivées sur le site et partent pour une balade. Nous jouons au volley avec les petits-enfants riant aux éclats, avant que l’humidité et la chaleur prennent le dessus, et nous guident vers un coin d’ombre pour bouquiner et faire la sieste.

 

 

Volley

 

 

Certains des enfants se font du poulet et riz pour le 4h. C’est impressionnant de les observer tout au long de la journée, il ont toujours quelque chose à se dire, ils sont très peu souvent assis et pourtant rien de spécial n’occupe leur journée. Nous rejoignons la maison d’un autre fils 200 mètres plus loin pour participer à une partie de football. Ils sont plus d’une vingtaine à jouer, leur engagement et leur agitation est surprenante!

 

 

Foot

 

 

La pluie s’abat toute la nuit sur notre campement. Le matin, nous retrouvons Bosco pour une nouvelle expédition. Avant de partir il cueille un fruit (non comestible) qui produit une encre pour tatouer le visage des femmes indigènes, Falvie se prêtera volontaire.
Nous randonnons sous la pluie incessante qui rend le chemin encore plus boueux que la veille, et passons par deux autres communautés. Toutes ont un grand terrain de football au milieu des cabanes, c’est une tradition ici.

Dans la jungle Bosco nous initie aux lianes de Tarzan grâce à une corde de 30m pendue à un arbre. La sensation de balancier au dessus du vide est impressionnante! Puis nous atteignons une cascade. Dommage que le temps soit si triste car l’eau se prêterait facilement à la baignade.

 

 

Cascade

 

 

Foret

 

 

Puis nous partons sur un autre lieu observer les caïmans, et après une traversée en pirogue nous prenons « l’almuerzo » dans une communauté voisine. Je peine à finir mon assiette car ici les proportions sont démesurément grandes. Edouard, lui, montre une faim inépuisable et finit les assiettes des autres filles à chaque repas. De retour aux cabanes, nous assistons à l’anniversaire d’Anaï une des petites-filles de Carlos qui fête ses 8 ans. Ce moment est très touchant, les petits-enfants ont les yeux qui pétillent à l’idée de manger du gâteau et se penchent tous autour de la table. Le père d’Anaï effectue un petit discours de grâce pour son père et pour sa fille, puis nous chantons tous ensemble « Compleaños feliz » et Anaï souffle la bougie. La tradition exige qu’elle entame le gâteau sans les mains. Les parts sont ensuite servies et les enfants jouent avec la crème en se dessinant des moustaches.

 

 

Anaï

 

 

L’heure du sport familial a sonné, c’est un terrain de volley que les jeunes installent au milieu des cabanes. En Équateur, le volley se joue dans toutes les villes et villages. Pendant ce temps, William nous initie à la sarbacane, leur arme d’attaque pour chasser les animaux, surtout les oiseaux dans les arbres et il fut un temps, pour tuer les Hommes ennemis. Les fléchettes étaient dotées d’un venin préparé avec 8 plantes nocives de l’Amazonie. Aujourd’hui les pères apprennent encore à tous leurs enfants dès 4 ans à utiliser la sarbacane pour entretenir leur culture et le savoir de leurs ancêtres mais aussi pour qu’ils sachent survivre en toutes conditions.

 

 

Sarbacane

 

 

Le lendemain nous apprenons avec Jeferson à fabriquer les pièges pour attraper des oiseaux, des « cuy » et des tatous. Il coupe des branches de palmiers flexibles et construit un système avec une ficelle qui se resserre sur l’animal quand ce dernier passe par ce chemin. Ils utilisent ces « trampa » lorsqu’ils n’ont plus à manger. Ils le construisent le matin et reviennent le soir pour récolter le fruit de leur piège.

Jeferson revient aux cabanes avec de grandes feuilles de palmier pour nous fabriquer des colliers. De ces feuilles, il gratte la première couche à la machette et extrait des fils blancs qu’il enroule entre eux pour faire de la corde. Il creuse un trou dans des graines de cœur de palmier et y gravent nos initiales. C’est impressionnant de constater qu’ils font tout à partir de ce que leur offre la jungle.

 

 

Fils plante

 

 

Corde

 

 

Cette petite immersion dans une famille Shuar en pleine nature nous a appris sur cette culture surprenante et inhabituelle pour nous. Nous avons eu très peu de contact avec les filles tandis que les fils se sont montrés très volontaires pour nous transmettre leur savoir. Le bruit apaisant de la jungle nous manquera sûrement!

 

 

Famille

 

 

 

Toutes les photos de l’Amazonie sur Flickr:
Album Equateur

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2 Commentaires

  1. Jean Louis 13 août 2016

    Passionnant cette incursion en Amazonie; j’aime bien le canif de Bosco!

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